Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et en journalisme de santé
Il y a des trajectoires qui racontent, à elles seules, une dynamique nationale.
Celle qui mène d’Agadir à Oujda en est une illustration saisissante.
Non pas un simple déplacement géographique, mais le reflet d’un engagement profond : celui des médecins marocains pour une formation médicale continue vivante, exigeante et résolument tournée vers l’avenir.
À Agadir, les 28, 29 et 30 avril, le congrès africain d’anatomopathologie digitale a donné le ton.
Dans une ambiance studieuse mais enthousiaste, spécialistes, chercheurs et cliniciens ont exploré les promesses d’une médecine augmentée par le numérique.
Lames virtuelles, intelligence artificielle, télépathologie… autant d’outils qui redessinent les contours du diagnostic et réduisent les distances, au sens propre comme au figuré.
Ici, le Maroc n’est pas spectateur, il est acteur, et parfois même précurseur.
Mais la formation médicale continue ne se limite pas aux innovations technologiques.
Elle s’incarne aussi dans une autre compétence, souvent sous-estimée mais pourtant décisive : la communication médicale.
Cap à l’est du Royaume. Direction Oujda, puis Saïdia, où une rencontre organisée par l’Association des médecins de l’Oriental réunit des praticiens de terrain.
Le thème est aussi stratégique que sensible : la maîtrise des techniques de communication par le médecin de proximité.
Car aujourd’hui, le médecin généraliste, pilier du système de santé, fait face à une concurrence d’un nouveau genre.
Cliniques privées structurées, groupes de santé intégrés, communication digitale agressive…
Les “mastodontes” avancent avec des moyens considérables.
Face à eux, le médecin de quartier pourrait sembler désarmé.

Et pourtant.
Sa force réside ailleurs.
Elle est dans la relation humaine, dans l’écoute, dans la proximité réelle — celle qui ne se digitalise pas entièrement.
Encore faut-il savoir la valoriser, la structurer, la transmettre.
Communiquer, ce n’est pas faire du marketing tapageur.
C’est expliquer, rassurer, fidéliser, créer un lien de confiance durable avec le patient.
La conférence prévue à Saïdia ( 2 mai 2026) s’inscrit précisément dans cette logique : donner aux médecins des outils concrets pour mieux se positionner, sans renier leur éthique.
Comment parler au patient d’aujourd’hui, informé, connecté, parfois méfiant ?
Comment exister dans un environnement saturé d’informations et de sollicitations ?
Comment transformer chaque consultation en un moment de qualité, à la fois médical et relationnel ?
D’Agadir à Oujda, une même conviction se dessine : la formation médicale continue n’est plus un luxe, ni une obligation administrative.
Elle est devenue une nécessité stratégique.
Le médecin marocain l’a bien compris.
Il apprend, il s’adapte, il se réinvente.
Entre innovation technologique et intelligence relationnelle, il trace sa voie.
Une voie singulière, profondément humaine, dans un système de santé en pleine mutation.
Et au fond, c’est peut-être là le message le plus rassurant : malgré les mutations, malgré la concurrence, le cœur de la médecine reste intact.
Il bat au rythme de celles et ceux qui continuent d’apprendre, de transmettre et de soigner, avec rigueur… et avec âme.
